Livre Warré 15

extrait du livre : L’apiculture pour tous” par Abbé Warré – Chapitre 15

La meilleure ruche

Apiculture scientifique

Voulez-vous étudier l’abeille dans sa vie, dans son travail ? Pour ce faire, ce n’est pas seulement une ruche vitrée qu’il vous faut, mais une ruche dont vous pourrez examiner à volonté tous les recoins. Dans ce cas, c’est la ruche à cadres qui s’impose, et encore faudrait-il que les cadres de cette ruche puissent s’écarter à volonté. Il faudrait que les cadres soient « feuilletables » comme les feuillets d’un livre.

C’est d’une ruche de ce genre que se servit François Hubert pour ses fameuses observations.
Cette ruche vous coûtera cher et ne sera d’aucun rapport. C’est un sacrifice à la science.

Apiculture productive

Voulez-vous, au contraire, retirer de votre rucher un miel certainement naturel et moins coûteux que celui de l’épicier ? Voulez-vous fonder une exploitation qui vous nourrisse vous et votre famille ? Dans ce cas, il vous faut une ruche moins chère, une ruche dont la conduite exige moins de travail, dont le miel, en un mot, soit d’un prix de revient inférieur. Or, seule la ruche à rayons fixes peut vous donner ce résultat.

Raisons de ce conseil

Ce conseil peut paraître téméraire devant le grand nombre de ruches à cadres de tous systèmes, offertes aux apiculteurs et employés par eux.

Réfléchissez sur ce fait. Quels sont les ruchers modernes qui n’ont pas été abandonnés après quelques années d’expérience ? Ceux des instituteurs, des curés, etc., qui ont du temps disponible qu’ils n’emploieraient pas autrement. Ceux encore des apiculteurs qui ont su et ont pu greffer sur leur rucher un commerce quelconque : construction de ruches, confiserie, etc.

Tous les autres ruchers disparaissent vite parce qu’ils ne nourrissent pas leur homme.

Il n’est d’ailleurs pas nécessaire d’étudier comparativement les ruches modernes pour se rendre compte de leur non-valeur : ce qui serait long et coûteux, nous l’avons dit. Il suffit de compter ce qu’elles coûtent à installer, ce qu’elles exigent d’heures de travail pour pouvoir conclure, sans même être apiculteur, que leur produit est nécessairement d’un prix de revient trop élevé. Les prix des ruches à cadres et de leurs accessoires, on le trouvera dans les catalogues des constructeurs. Nous ne nous en occuperons pas. Nous considérerons seulement les heures de travail que demande chaque système.

Nombre de systèmes

Le nombre des modèles de ruches s’accroît tous les jours. On enlève un centimètre ici, on en ajoute un par là, on fait passer les cadres par toutes les formes géométriques, et on annonce une nouvelle ruche qui, elle, réussira mieux que les autres à faire la fortune de l’apiculteur. Elle commence par multiplier la mise de fonds, car toutes ces modifications, en général, augmentent le prix de la ruche. En tout cas, elles ne constituent pas un système nouveau parce qu’elles ne sont pas basées sur un principe apicole essentiel.

Mais beaucoup d’apiculteurs ont la manie de l’invention. Il faut qu’ils changent quelque chose aux ruches qu’ils possèdent.

La Ruche Populaire elle-même est déjà la victime des inventeurs. On dit qu’on l’améliore. Or, les améliorations que je connais sont toutes inutiles, certaines sont nuisibles, quelques-unes absurdes.

De fait, toutes les ruches du commerce peuvent être ramenées à quatre systèmes : la ruche Dadant, la ruche Voirnot, la ruche Layens et la ruche vulgaire ou commune.