Un nid primaire de frelon asiatique

Chasseur hors pair, et prédateur redoutable, le frelon asiatique est aujourd’hui aux portes du rucher école. Elles en ont fait du chemin, les quatre femelles fondatrices arrivées en France il y a une dizaine d’années dans un container chinois. Débarquées près de Bordeaux, elles ont colonisé la France, sauf les zones de montagne, et le frelon asiatique est aujourd’hui présent en Espagne, au Portugal, en Italie, au Royaume Uni, en Belgique et en Allemagne, entre autres.
Le cycle biologie de ce frelon est très proche de celui de nos bonnes vieilles guêpes ou frelons européens. En hiver, les femelles fondatrices sont en hibernation complète, cachées bien à l’abri dans la nature. Dès les premiers beaux jours, elles se réveillent et après s’être bien nourries commencent à élaborer un petit nid, à l’abri. Ce nid primaire, on le trouve sous une avancée de toit, dans une ruche vide ou dans un nichoir à mésanges pr exemple. Toute seule, la femelle construit les premières cellules et s’occupe des premières larves. Les ouvrières qui naissent vont très vite aider leur mère, le nid peut se développer.
Quand il atteint une certaine taille, donc un nombre de frelons suffisant, tout le monde quitte ce nid et va construire en extérieur, souvent très haut dans les arbres, le nid secondaire. Ce nid peut atteindre de belles proportions, 1 mètre de haut et 80 cm de diamètre. On est alors en plein été, les nids sont importants, et la pression des frelons sur les ruches est forte.
En automne, la dernière génération de frelons qui va naître est composée de femelles, qui se font féconder, se gorgent de réserves énergétiques, et vont ensuite se cacher dans la nature pour hiberner en bonnes conditions. En hiver, les gros nids que l’on voit apparaître quand les arbres perdent leurs feuilles, ces gros nids sont vides. Ils vont se dégrader, et ne seront pas réutilisés. Et dès le printemps, chacune des femelles qui a hiverné va chercher à faire un nid. Ce cycle de développement, et la puissance de l’animal, expliquent sa très rapide extension en Europe.
On a affaire à un super prédateur qui n’avait jusqu’à présent pas de prédateur! Les ailes du frelon asiatique sont plus longues que celles du frelon européen, ce qui lui permet de voler en stationnaire. Il se tient devant les ruches, et attrape les abeilles qui passent, surtout celles qui rentrent chargées de leur précieuse récolte. La colonie se sent agressée, les abeilles se massent devant la porte d’entrée, les plus courageuses attaquent le frelon. Mais les mouvements d’abeilles sont de plus en plus réduits, la colonie s’affaiblit, jusqu’au moment ou les pillards peuvent entrer dans la ruche et finir le travail. La ruche est morte.

Pour lutter contre le frelon et sa pression sur les ruches, des solutions existent, qu’il nous faut mettre en oeuvre, même si elles ne sont pas efficaces à 100%. D’abord, éloigner les frelons des ruches, en y mettant une muselière, sorte de bulle faite avec du grillage à poules. Et poser des pièges à frelons. Ces pièges doivent être sélectifs, il n’est pas question de détruire tout ce qui vole! Et l’appât utilisé va évoluer selon les saisons. Au début du printemps, et à l’automne, les femelles ont besoin d’énergie; alors qu’au coeur de l’été ce sont des protéines qui sont nécessaires, pour assurer le développement important du couvain. L’appât pour le printemps et l’automne sera constitué de sirop de cassis à 80%, et de 20% de vin blanc et bière brune. L’ajout d’alcool a pour effet de repousser les autres insectes, pour limiter les prises indésirables. En été, ce sont des appâts protéiques qui seront utilisés, à base de poisson, nuocmam, croquettes pour chat au saumon, ou autres. Il faut tester ce qui marche le mieux.
C’est quand quelques frelons ont été piégés et volent dans le piège que l’attractivité de ceux ci est la plus forte. Il faut donc éviter de noyer les frelons attrapés, en les isolant de l’appât liquide. D’autres appâts et modèles de pièges existent, vous aurez beaucoup d’informations sur le site de l’AAAFA (Association Actions Anti Frelons Asiatiques).

© texte et photos: rucher école Villa le Bosquet, formation en apiculture naturelle

Les abeilles peuvent facilement ressortir par la grille à reine.
 
 
 
 
Notre piège sélectif à frelons asiatiques, que j’utilise depuis des années et que j’apprécie beaucoup. A mon avis, c’est le piège le plus esthétique qui s’intègre de manière très décorative dans un jardin. Si des bourdons ou des frelons européens, qui sont protégés dans de nombreux pays, s’y égarent et y sont pris, on peut les relâcher en ouvrant la vitre coulissante en plexiglas.