BULLETIN N° 2

CIRE GAUFRÉE : FAUT-IL VRAIMENT IMPOSER UN MODÈLE AUX ABEILLES ?

cire gaufrée

 Dans une apiculture proche de la nature, la cire occupe une place particulière.

Elle n’est pas simplement un matériau de construction que nous fournissons aux abeilles : elle est produite par elles et constitue une partie essentielle de leur habitat.

Pourtant, lorsque nous introduisons une feuille de cire gaufrée dans la ruche, nous faisons déjà un choix important : nous proposons aux abeilles une structure préfabriquée.

Toutes les cellules ne sont pas identiques

Cadre ruche Mellifera
Les cadres Mellifera grand format, qu’on a équipés de fines lattes de bois à la place des bandes de cire gaufrées, servent surtout de « cinéma des abeilles » pour nos cours, pour qu’on puisse observer les abeilles de près en un clin d’œil.

Les feuilles de cire gaufrée standard présentent généralement un même modèle de cellules d’ouvrières sur toute leur surface.

Or, dans un rayon construit naturellement, les cellules ne sont pas toutes identiques.

Les abeilles construisent notamment des cellules de mâles, plus grandes que celles des ouvrières, ainsi que des zones de transition et différentes formes de cellules selon l’emplacement et les besoins de la colonie.

Un rayon naturel n’est donc pas une simple répétition d’un même motif.

La cire gaufrée permet de guider et de régulariser la construction, mais elle réduit aussi la liberté laissée aux abeilles dans l’organisation de leur propre espace.

Laisser les abeilles construire

C’est pourquoi, dans notre démarche d’apiculture naturelle, nous cherchons autant que possible à laisser les abeilles construire elles-mêmes leurs rayons.

Notre ruche Mellifera en offre un bon exemple.

Les huit cadres Mellifera, particulièrement hauts, constituent l’espace permanent de la colonie. Ils permettent aux abeilles d’organiser leur nid à couvain et leurs réserves.

Cet espace appartient aux abeilles et n’est pas destiné à la récolte de l’apiculteur.

La récolte du miel se fait dans les hausses placées au-dessus.

la ruche Warré
Récolte de miel avec une ruche Warré classique à la rucher école de la Villa le Bosquet
 

C’est justement dans ces hausses que nous expérimentons une solution particulièrement simple : des barrettes sans cire gaufrée.

Lorsque la hausse reste relativement basse, environ 10 cm, les abeilles peuvent commencer leur construction directement sous les barrettes et développer leurs rayons vers le bas.

Les rayons ne sont pas toujours parfaitement réguliers.

Mais un rayon naturel n’a pas besoin d’être parfaitement géométrique pour être parfaitement fonctionnel.

La photo qui accompagne ce bulletin en est une belle illustration : les abeilles construisent selon leurs propres besoins, avec des formes et des dimensions de cellules qui peuvent évoluer au sein d’un même rayon.

Et lorsque la hausse est plus haute ?

La situation devient alors plus délicate.

Des apiculteurs expérimentés constatent qu’avec une hausse plus haute, les abeilles peuvent parfois avoir davantage de difficultés à poursuivre leur construction jusqu’en haut.

On utilise alors souvent des cadres avec cire gaufrée, parfois renforcés par un fil métallique.

C’est une solution technique efficace.

Mais notre question est différente :

Pouvons-nous concevoir la ruche de manière à faciliter la construction naturelle, plutôt que d’imposer aux abeilles une structure préfabriquée ?

C’est précisément ce que nous cherchons à observer avec notre ruche Mellifera-Warré, dans laquelle les hausses à miel sont placées au-dessus du nid de la colonie.

Et la question du « corps étranger »

Il existe également une autre raison de réfléchir à l’utilisation de cire gaufrée provenant de l’extérieur de notre propre rucher.

Lorsque nous achetons des feuilles de cire, nous ne connaissons pas toujours l’histoire complète de cette cire : d’où vient-elle, quelles colonies l’ont produite et quel a été son parcours avant de revenir dans nos ruches ?

La cire peut en effet accumuler certaines substances liposolubles au cours de son utilisation.

Pour une apiculture qui cherche à maîtriser son propre cycle de cire, il est donc particulièrement intéressant de privilégier la cire produite par nos propres abeilles, notamment lorsqu’elle peut être réutilisée dans le circuit du rucher.

Le cadre comme support, pas comme modèle

L’utilisation d’un cadre ou d’une barrette ne signifie pas nécessairement que nous devons imposer une construction aux abeilles.

Le support peut être là pour faciliter la récolte et la manipulation, sans devenir un modèle imposé à la construction.

C’est cette distinction qui nous intéresse dans nos expérimentations avec la Mellifera et la Mellifera-Warré.

Nous ne cherchons pas à démontrer que la cire gaufrée est « mauvaise ».

Elle peut être utile dans certaines situations et répondre à des contraintes pratiques.

Mais dans une apiculture proche de la nature, il me semble important de poser une question toute simple :

Pourquoi imposer une seule taille de cellule, lorsque les abeilles savent en construire plusieurs ?

Et peut-être une question encore plus fondamentale :

Ne serait-il pas préférable d’adapter la ruche aux abeilles, plutôt que d’adapter les abeilles à la ruche ?

C’est en observant les abeilles, en expérimentant et en acceptant parfois leurs constructions imparfaites à nos yeux que nous pouvons progressivement apprendre à mieux respecter leur manière de vivre.



Photos : © Jan Michael – rucher école Villa le Bosquet